«  je cours derrière moi.. »

L’œuvre « Je cours derrière moi… » de Sam Keusseyan s’inscrit dans une dynamique expressive brute, que l’artiste associe ici à ce qu’il nomme le style Artsoud une approche qui semble conjuguer spontanéité gestuelle, tension intérieure et fragmentation du sujet. Analyse formelle La composition est dominée par une figure hybride, mi-humaine mi-squelettique, inscrite dans un mouvement instable. Le corps, déstructuré et presque disloqué, évoque une course sans ancrage réel. Les lignes sont nerveuses, souvent interrompues, comme si le geste refusait la fixité. La palette chromatique dominée par des tons terreux (ocre, brun, noir) contrastant avec des aplats plus froids et pâles crée une oscillation entre présence et effacement. L’arrière-plan, volontairement peu défini, fonctionne comme un espace mental plus que physique. Les inscriptions griffonnées DESER… », « REH… ») participent d’une esthétique de l’inachevé et du fragment, rappelant une pensée en train de se formuler ou de se dissoudre. Iconographie et symbolique La figure du crâne, répétée et dédoublée, est centrale. Elle agit comme un memento mori, mais aussi comme une projection du moi intérieur. Le fait que le personnage semble courir « derrière lui-même » introduit une tension existentielle forte : une quête identitaire impossible, le sujet est à la fois poursuivant et poursuivi. La présence d’éléments évoquant une roue ou un mécanisme circulaire renforce cette idée de boucle, de répétition, voire d’enfermement psychique. Le « gladiateur » du titre apparaît alors moins comme un combattant extérieur que comme un lutteur intérieur, engagé dans une confrontation avec ses propres limites, peurs ou doubles. Gestuelle et matérialité Le traitement pictural est volontairement brut : superpositions rapides, traces visibles, coulures et frottements. Cette matérialité accentue l’urgence du geste et inscrit l’œuvre dans une filiation avec des pratiques proches de l’art brut ou de l’expressionnisme contemporain. Le trait noir, incisif, structure l’ensemble tout en laissant affleurer une certaine violence contenue. Lecture conceptuelle L’œuvre peut être lue comme une métaphore de la condition contemporaine : une subjectivité fragmentée, en perpétuel décalage avec elle-même. Le titre agit ici comme une clé d’interprétation essentielle « Je cours derrière moi… » suggère une fuite en avant, une impossibilité de coïncider avec son propre être. Le style Artsoud, dans cette perspective, pourrait être compris comme une tentative de traduire plastiquement cet état de tension intérieure, l’acte de peindre devient lui-même une forme de poursuite. Conclusion Sam Keusseyan propose ici une œuvre intensément introspective, la figure du gladiateur devient le symbole d’un combat psychique. Par une écriture picturale libre, presque instinctive, il donne forme à une expérience de dissociation et de quête identitaire. L’œuvre frappe par sa sincérité gestuelle et sa capacité à rendre visible l’invisible : ce mouvement intérieur, incessant, de l’être qui se cherche sans jamais se rejoindre. Analyse faite par Eve Brice, Expert en Art Contemporain.

Détails

  • Type de vendeur Particulier

Nom de l'artiste

Sam KEUSSEYAN - Gladiateur

Types d'oeuvre (choix multiples)

  • Oeuvre originale
  • Peinture

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