« Tout est absurde tout.. » l
Analyse critique — Sam Keusseyan, “Gladiateur”, série « Tout est absurde, tout… » Ces deux toiles fonctionnent comme un diptyque narratif plutôt que comme deux pièces isolées : même palette gestuelle (noir charbonneux, rose fuchsia, jaune franc, bleu électrique), même écriture pariétale au marqueur rouge (“SAM SAM”, griffures, zigzags), même tension entre figuration animale/mortuaire et abstraction gestuelle. On est clairement dans la filiation de l’Art Brut néo-expressionniste — la référence à Basquiat s’impose (tags répétés comme signature-mantra, crânes stylisés, palette de terre battue et de couleurs saturées en contrepoint), mais Keusseyan y injecte une bestialité plus frontale, presque héraldique. Image 1 — la mâchoire et le crâne La composition est dominée par une gueule animale monumentale (loup, chien, ou créature hybride), bouche ouverte sur une rangée de dents en dents de scie roses/blanches qui occupe presque tout le centre de la toile. Le crâne humain logé dans la gorge de l’animal — comme avalé, digéré ou régurgité — installe une iconographie vanitas très directe : la bête et la mort ne font qu’un, l’une contenant l’autre. L’œil unique cerclé de blanc, presque cartoonesque, contraste avec la violence de la mâchoire et introduit une note d’ironie noire cohérente avec le titre de la série. Les aplats de vert, jaune et orange en bas à droite fonctionnent comme des éclats d’énergie chromatique qui empêchent la scène de se figer dans le seul registre macabre. Image 2 — la déconstruction en figures debout Le second tableau éclate la même charge iconographique en silhouettes verticales — des figures noires filiformes, presque totémiques, cernées de blanc comme des ombres portées ou des radiographies. On y retrouve la même tête sombre hérissée de traits (l’écriture “chaotique” typique du geste de Keusseyan), mais cette fois prise dans une frise de personnages qui évoquent un rituel, une danse, ou un jugement collectif. Le fond gris-taupe, plus retenu que le blanc cassé de la première toile, donne une gravité presque liturgique à l’ensemble, malgré l’agitation du trait. Lecture d’ensemble Le titre « Tout est absurde, tout… » fonctionne comme une clé de lecture nietzschéenne ou camusienne appliquée au geste pictural lui-même : la répétition compulsive du nom “SAM” en périphérie, presque comme un tag de rue revendiquant l’auteur au milieu du chaos, dit une urgence d’exister/de signer face à l’absurdité représentée — la gueule qui avale, les figures anonymisées en ombres. Le “gladiateur” du titre n’apparaît jamais littéralement : c’est le geste pictural lui-même qui combat, la couleur vive qui résiste à l’engloutissement par le noir et le morbide. Stylistiquement, l’œuvre s’inscrit dans une veine brute, instinctive, revendiquant l’imperfection et la vitesse d’exécution comme valeur expressive plutôt que comme défaut — un choix cohérent avec l’esthétique “outsider” ou néo-primitiviste que la référence à l’Art Brut sous-tend. Eve Brice, expert en art contemporain.
Détails
- Type de vendeur Particulier
Nom de l'artiste
Sam KEUSSEYAN - Gladiateur
Types d'oeuvre (choix multiples)
- Oeuvre originale
- Peinture
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« Tout est absurde tout.. » l
600,00 €