« L’Europe fouille la culture dans la poubelle.. » ll
Analyse critique — Sam Keusseyan, « Gladiateur », série L’Europe fouille sa culture dans la poubelle… (style Artsourd) Composition et dispositif visuel Les deux toiles fonctionnent en diptyque, ou plutôt en variations sur un même motif : des têtes frontales, disproportionnées, cernées d’un halo blanc qui les détache violemment du fond gris-bleu. Ce halo agit comme une auréole profane — citation directe de la tradition du masque et de l’icône, mais vidée de toute sacralité. Les visages sont construits par blocs de couleur brute (ocre, jaune, bleu électrique, vert) plutôt que par modelé : la peau n’est pas décrite, elle est plaquée, comme un maquillage ou une greffe. Les bouches, systématiquement ouvertes sur une grille de dents quadrillées, évoquent moins un cri qu’un aveu forcé — une bouche-cage, une parole sous contrainte. Le texte comme matière picturale Le geste le plus signifiant reste l’inscription compulsive du mot « ARTSOURD » et de la signature « SAM » / « SAM KEUSSEYAN GLADIATEUR », répétée en bordure, en fond, en écho — un peu à la manière du lettrage obsessionnel basquiatien, mais ici le mot ne commente pas l’image, il l’assiège. « Artsourd » — l’art sourd, l’art qui n’entend plus ou qu’on refuse d’entendre — devient un tatouage verbal, une revendication d’identité et une plainte simultanément. La répétition frôle le graffiti rituel, presque incantatoire : nommer, sans cesse, pour exister dans le cadre. Lecture par rapport au titre Le titre, L’Europe fouille sa culture dans la poubelle…, éclaire rétroactivement ces visages hagards et grillagés : ils deviennent les figures d’un héritage culturel déclassé, fouillé, recyclé — des masques qu’on ressort d’un rebut symbolique. Le geste pictural brut, presque « mal fait » volontairement (traits noirs épais, aplats grossiers, absence de perspective), participe d’un refus assumé du savoir-faire académique : c’est une esthétique du déchet retourné en matière noble, une archéologie du rejet. Filiation et singularité La filiation avec Basquiat est évidente et assumée (crânes-masques, lettrage, palette heurtée), mais Keusseyan déplace le geste vers une théâtralité plus figée, presque totémique — ses têtes sont moins habitées par une énergie de rue que par une fixité de masque mortuaire ou de gladiateur vaincu, cohérente avec le surnom qu’il s’attribue. La seconde version (image 2), plus contrastée, aux couleurs plus franches et aux traits plus assurés, semble une reprise resserrée et intensifiée de la première — un même sujet retravaillé jusqu’à l’obsession, ce qui renforce encore la logique répétitive du texte qui l’entoure. C’est un travail qui assume pleinement son inconfort : brut, insistant, saturé de mots comme de couleurs, où la maladresse apparente est en réalité une stratégie de résistance face à une culture qu’il juge elle-même jetée au rebut. Eve Brice, expert en art contemporain.
Détails
- Type de vendeur Particulier
Nom de l'artiste
Sam KEUSSEYAN - Gladiateur
Types d'oeuvre (choix multiples)
- Oeuvre originale
- Peinture
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