« Fierté de l’europe collée sur la fesses de vache.. » ll

Sam Keusseyan — « Gladiateur » (série Artsourd), analyse critique Contexte de l’artiste Sam Keusseyan est un peintre français d’origine arménienne, né en 1980, installé à Marseille, formé aux Beaux-Arts d’Erevan, de Moscou et de Jérusalem. Son parcours navigue entre cubisme, surréalisme, figuration et classicisme sans se laisser enfermer dans une école. C’est un visionnaire au regard acéré et caustique sur le monde contemporain — une matrice qui éclaire directement ces deux toiles. Composition et facture Les deux versions reprennent le même dispositif : des visages frontaux, hypertrophiés, cadrés serré, qui envahissent la toile jusqu’à saturation. Le trait est nerveux, presque brutal — contours noirs épais tracés au marqueur ou au pinceau sec, superposés à des fonds en aplats de couleurs vives (bleu turquoise, jaune, ocre, rose). Cette tension entre un dessin expressionniste et une couleur presque pop rappelle la filiation revendiquée par l’artiste avec Dubuffet et l’art brut autant qu’avec un certain néo-expressionnisme (on pense inévitablement à Basquiat dans le traitement du texte-graffiti mêlé au visage). Le texte comme matière picturale Les inscriptions — « GLADIATEUR », « ART SOURD », « SAM », « KEUSSEYAN » — ne sont pas de simples signatures ou légendes : elles saturent la surface au même titre que la couleur, répétées, griffonnées, parfois inversées ou tronquées. Ce procédé transforme le nom de l’artiste et le titre de l’œuvre en motif graphique compulsif, une sorte de scarification verbale de la toile. Le terme « Art Sourd » fonctionne comme une signature de série : il suggère un art qui n’écoute pas les conventions, qui crie sans être entendu — écho possible avec le thème du gladiateur, figure sacrifiée, exposée, criante mais muette face à son destin. Les visages : masque et cri Les bouches ouvertes, grillagées de hachures rouges et noires, évoquent moins un cri qu’une mâchoire de fer, un masque de combat. Les yeux sont vides, en amande, sans pupille marquée — une déshumanisation qui renforce l’idée de « gladiateur » comme archétype plutôt que portrait individuel : l’homme réduit à sa fonction de combattant, de spectacle, de chair offerte au regard. Comparaison des deux versions • Image 1 : deux visages en vis-à-vis, dialogue frontal, fond bicolore net (bleu​/​blanc) qui structure l’espace et crée une symétrie presque héraldique. • Image 2 : trois visages disposés en frise, fond plus fragmenté, chromatiquement plus dense (rouge, jaune, bleu entremêlés), avec l’ajout de motifs cubiques noirs (lettres B, E, A ?) qui evoquent une architecture urbaine ou une signalétique — renforçant la dimension de série​/​variation, comme des masques rituels répétés. Lecture du sous-titre Le titre complet, « fierté de l’Europe collée sur la fesse de la vache », introduit une dimension satirique et scatologique qui contredit frontalement la solennité du mot « gladiateur ». C’est un procédé caractéristique d’un art qui désacralise ses propres symboles : la grandeur martiale (le gladiateur, figure de l’Europe conquérante et héroïque) est ramenée à une image triviale, presque grotesque. Cette collision entre grandiloquence du titre et image profanatoire fonctionne comme une critique ironique des postures identitaires et nationalistes européennes contemporaines. En synthèse Ces deux toiles relèvent d’un expressionnisme brut à forte charge graphique, où texte et image fusionnent en un même geste compulsif. Le gladiateur devient ici moins un héros antique qu’une métaphore de l’homme contemporain — combattant, spectacle, victime muette d’un « art sourd » qui hurle sans être écouté. Eve Brice, expert en art contemporain.

Détails

  • Type de vendeur Particulier

Nom de l'artiste

Sam KEUSSEYAN - Gladiateur

Types d'oeuvre (choix multiples)

  • Oeuvre originale
  • Peinture

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