« Ma liberté en liberté.. »

Voici une lecture critique de cette œuvre de Sam Keusseyan dit « Gladiateur ». Composition et dessin. Le tableau est structuré par un cerne noir épais et continu qui court sur toute la surface, presque indépendant du motif qu’il décrit — c’est ce trait qui « tient » la toile, dans une logique proche du néo-expressionnisme post-Basquiat : le dessin comme armature, la couleur comme matière ajoutée par-dessus, jamais soumise au contour anatomique. Le cheval cabré occupe la diagonale de la composition, tête à gauche, arrière-train déployé vers la droite, dans un mouvement qui évoque autant la fresque murale que le portrait animalier classique. Couleur. Le bleu électrique du corps de l’animal tranche sur un fond jaune-ocre et blanc, ponctué de touches de rouge, rose et vert acide qui affleurent par endroits comme des strates sous-jacentes — une peinture « en train de se faire », où l’on devine des repentirs, des grilles, des fragments de collage sous la couche finale. Cette gestion des aplats, qui déborde systématiquement le motif plutôt que de l’habiller, crée une tension permanente entre figuration et abstraction chromatique : le cheval est reconnaissable, mais sa couleur ne lui appartient pas vraiment, elle circule, contamine le fond. Sujet et titre. Le cheval cabré est une figure classique de l’élan, de l’instinct, de la puissance retenue puis libérée — un motif qui dialogue avec toute une tradition picturale (Géricault, Marc, jusqu’au cheval bleu expressionniste). Associé au titre « Ma liberté en liberté… », l’animal devient une allégorie explicite : la cabrure, le mouvement échevelé du trait, l’éclatement de la couleur hors des limites du corps, tout concourt à figurer un affranchissement — de la forme, de la contrainte anatomique, et implicitement de l’artiste lui-même. Les points de suspension du titre laissent le geste ouvert, inachevé, comme la touche. Filiation. Keusseyan revendique un parcours entre cubisme, surréalisme et figuratif, ce qu’il nomme parfois son « cubisme rond » — une façon d’organiser la couleur en volumes courbes plutôt qu’en facettes anguleuses. On le retrouve ici dans les boucles internes du corps du cheval, ces bandes concentriques qui structurent le poitrail et l’encolure comme des strates géologiques plutôt que comme un modelé réaliste. En somme, une œuvre qui relève moins de la représentation animalière que d’un art de la vitesse et de l’excès contrôlé : le sujet (le cheval, la liberté) sert de prétexte à une démonstration de tempérament pictural — couleur pure sortie du tube, trait qui ne cède jamais à l’anatomie. Eve Brice, expert en art contemporain.

Détails

  • Type de vendeur Particulier

Nom de l'artiste

Sam KEUSSEYAN - Gladiateur

Types d'oeuvre (choix multiples)

  • Oeuvre originale
  • Peinture

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